Don d’ovocytes : la balle est dans mon camp

Depuis dix jours, j’ai le droit de faire un don d’ovocytes, même si je n’ai pas encore eu d’enfant. Depuis dix jours, cette question me taraude au point de me faire culpabiliser : pour une femme qui ne produit pas naturellement d’ovules, ce don représente son unique chance d’accéder à une FIV et de porter un enfant à elle… J’y pense et je n’oublie pas, si bien qu’à force d’y penser j’ai trouvé, malgré la peur, trois bonnes raisons de donner mes ovocytes.

 

Ayant suivi quelques débats cruciaux lors de la révision des Lois de bioéthique en 2010 et 2011, je m’étais intéressée au don de gamètes, plus précisément au don d’ovocytes, qui souffre en France d’une pénurie qui pèse sur le millier de femmes en attente d’une donneuse chaque année – et qui pousse nombre d’entre elles à partir pour s’offrir la précieuse gamète à l’étranger. Certaines, bien que jeunes, ne produisent pas naturellement d’ovocytes, d’autres produisent des ovocytes présentant des anomalies, pour d’autres encore, l’infertilité est la conséquence d’un traitement lourd suite à une maladie grave. Pour toutes, la seule chance d’accéder à la fécondation in-vitro (FIV) est de recevoir un don d’ovocytes.

La nouvelle loi devait permettre aux femmes n’ayant pas encore enfanté de faire elles aussi le don de leurs ovocytes, mais le décret n’avait pas été publié… Depuis le 15 octobredernier, la messe est dite : une femme qui a entre 18 et 37 ans peut donner ses ovocytes, et un homme qui a entre 18 et 45 ans peut donner ses spermatozoïdes, même s’ils n’ont pas eu d’enfants eux-mêmes. La tentation est désormais très forte, malgré les désagréments que ce don implique.

Donner c’est donner
L’acte en lui-même, anonyme et sans aucune contrepartie financière, fait naître quelques craintes. Lâcher une partie de mon patrimoine génétique dans la nature revient-il à accepter que je pourrais un jour tomber nez-à-nez avec mon double en plus jeune ? Inquiétude balayée lorsque je vois à quel point ma sœur et moi sommes différentes, tout en étant nées du même couple de parents. Et après tout, « donner c’est donner », ce que je donne n’est plus à moi, ce n’est même plus vraiment moi…

Mieux vaut le savoir
Une fois n’est pas coutume, donner ses gamètes, pour une femme, est bien plus compliqué que pour un homme. Une série d’examens cliniques et biologiques et une étude des antécédents familiaux précèdent la démarche de don, qui s’étale elle-même sur une dizaine de jours, stimulation ovarienne oblige. Au-delà de ma répulsion face aux piqûres et aux blouses blanches, je réalise que ces étapes préliminaires pourraient m’apprendre que je ne suis pas (ou peu) fertile, voire pire… Mais si c’est le cas, je préfèrerais certainement le savoir aujourd’hui plutôt que dans deux ans lorsque les plans B ne seront plus à ma portée…

Mettez m’en un de côté s’il vous plaît
Ce qui me conduit à ma troisième bonne raison de donner mes ovocytes, la plus égoïste mais aussi la vraie compensation à toutes les échographies pelviennes à subir. « Il sera possible pour les donneurs de conserver leurs gamètes par congélation pour un futur projet d’enfant, mais celles-ci ne pourront être utilisées qu’en cas d’infertilité. » Nota Bene.

Enfin, et étant donné que tout cela est encore précédé d’un entretien avec un psychologue, d’une signature de consentement en présence du conjoint si la future donneuse est en couple, et de l’arrêt de toute contraception, j’invite les candidates à prendre rendez-vous illico dans le centre de don le plus proche, où les délais sont à peu près ceux d’un ophtalmo à Paris. Mais tout ça n’est rien comparé à la beauté du geste, la balle est plus que jamais dans notre camp.

Plus d’informations : dondovocytes.fr

M. D.
Crédit photo : Oscar et Valentine

 

Lire aussi sur Les Louves
Les 6 démarches à réaliser quand on apprend que l’on est enceinte
Faut-il se lever une heure plus tôt pour réussir sa vie ?