Mamans et non mamans : quand la maternité rebat les cartes de l’amitié

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Si le fait de devenir maman peut avoir pour effet de consolider une amitié – lorsqu’on vit peu ou prou les mêmes choses au même moment-, la maternité peut aussi diviser et éloigner les amies les plus fidèles lorsque les enfants ne se présentent pas au même moment. Question de rythme, de centres d’intérêt et de disponibilité : il y a mille sujets capables de fragiliser les plus belles amitiés lorsque l’une est maman et l’autre pas.

 

Entre décalage…
Olivia, 34 ans, raconte : « Quand ma meilleure amie, avec qui j’ai passé toute mon enfance, mon adolescence et nos années d’étudiantes, m’a annoncé qu’elle était enceinte, j’ai eu un petit choc, comme si plus rien ne serait jamais pareil. J’ai été sincèrement très heureuse pour elle, et je me suis investie le plus possible dans notre amitié pour vivre toutes ces nouvelles choses avec elle. J’ai été touchée aussi lorsqu’elle m’a demandé d’être marraine de sa fille. Mais aujourd’hui, alors qu’elle a deux enfants et moi pas, c’est toujours difficile pour elle comme pour moi de trouver les bons moments pour se parler. Je la sens préoccupée par des choses que je ne connais pas, moins disponible, et de mon côté je me sens souvent inutile ou déconnectée de son quotidien : j’ai l’impression que je ne pense qu’à moi alors qu’elle est toujours débordée et assez fatiguée, et je culpabilise parfois de me sentir aussi libre alors qu’elle a tant de contraintes à gérer. J’essaie de faire ce que je peux et d’être à l’écoute, mais le décalage est parfois difficile à assumer. »

Et sentiment de culpabilité
Céline, 31 ans, enceinte de son deuxième enfant, évoque de son côté son sentiment face à sa meilleure amie qui n’arrive pas à tomber enceinte : « Quand j’ai eu mon premier petit garçon, j’ai senti un très léger décalage se créer entre elle et moi : elle ne s’intéressait pas vraiment à ma grossesse et je lui en ai un peu voulu, même si je comprenais que c’était difficile pour elle de partager ce moment avec moi, alors qu’elle même essayait en vain d’avoir un bébé depuis deux ans. Quand Arthur est né, nous nous sommes rapprochées, l’émotion de la rencontre avec mon fils a été très forte pour elle, j’en ai été vraiment heureuse… Quand j’ai appris que j’étais enceinte pour la deuxième fois, j’ai ressenti une très forte culpabilité vis-à-vis d’elle, qui n’a toujours pas d’enfant et qui vit un vrai parcours du combattant. J’ai mis un temps fou à le lui annoncer, même si je sais au fond que forcément nos deux histoires sont décorellées… J’avais peur que cette deuxième grossesse ne nous éloigne, mais finalement je tente de vivre les choses sereinement : je lui parle moins de ma grossesse, et tente au maximum de partager avec elle ce qui nous a toujours soudées. »

Un jeu d’équilibriste
C’est une situation délicate à gérer de l’un et l’autre côté. Quand on a tout vécu ensemble depuis les bancs du Lycée : les amours, les études, le boulot et tout un tas de petites et grandes difficultés, et qu’on se retrouve un jour à vivre deux vies totalement opposées. Quand l’une devient maman et que l’autre ne l’est pas, n’y arrive pas, ne veut pas ou ne peut pas. Comment s’accorder et continuer à tout se confier ? Comment conserver le plaisir des interminables conversations quand on n’a plus le même fil rouge ?
C’est un peu comme un jeu d’équilibriste, un exercice de générosité et de tolérance qui demande de se mettre en permanence à la place de l’autre pour tenter de comprendre ce qu’elle vit et ce dont elle a besoin.

Si l’une se plaint de ses nuits écourtées par les pleurs de son bébé, l’autre n’osera pas avouer sa propre fatigue. Tandis que les unes se trouveront bien souvent à court de paroles et d’inspiration dans les discussions de mamans, celles-ci pourront se sentir mal comprises par leurs copines sans enfants. Et quand les unes chercheront à tout prix du temps et un peu de liberté, les autres se sentiront obligées de se justifier sur l’occupation de tout ce temps libre dont elles ont la chance de profiter…
« J’ai appris à filtrer quelques sujets, à ne pas m’appesantir sur certaines questions, mais aussi à lui faire comprendre que son avis de non maman sur certains de mes questionnements de maman étaient très précieux pour moi. Nous avons peu à peu trouvé notre équilibre, en gardant en tête que notre amitié vaut de l’or et qu’elle est assez solide pour s’adapter à tous nos changements de vie, l’arrivée d’enfants y compris… », raconte Céline.

Retrouver du temps de qualité
Pour ne pas s’éloigner, sans doute faut-il revenir aux bases de cette amitié : réussir à s’aimer et s’entraider sans se juger, tâcher d’équilibrer les discussions entre les questions de l’une et les préoccupations de l’autre, se confier des rôles comme celui de marraine ou de « tatie », parler de tout, rester bienveillante quels que soient les choix de vie de l’autre, se rendre service et surtout trouver du temps de qualité pour se voir, avec et sans les enfants…

M. D.

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Il y a 1 commentaire Lire les commentaires Laisser un commentaire
  • Mumu80 dit :

    Merci pour cet article que je trouve très vrai ! Effectivement cela demande beaucoup de travail de préserver des amitiés quand les trajectoires de vie s’éloignent, entre celle qui n’a pas d’enfant et celle qui en a. Je pense que c’est surtout vrai pendant les premières années des enfants, tant qu’ils accaparent beaucoup les pensées de leur maman dans le quotidien. En tout cas je pense que pour une maman, l’amitié avec des non-maman est précieuse, car elle lui apporte un recul et une légèreté que n’ont plus les mamans !

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