PMA : se préparer physiquement et mentalement à une FIV

PreparationFIV
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Un couple sur cinq rencontre des problèmes de fertilité et 3% des enfants français environ naissent à l’issue d’une PMA. La procréation médicalement assistée est un parcours éprouvant que l’on vit à deux… Mais que les femmes vivent aussi beaucoup en tête-à-tête avec elles-mêmes. Il faut apprendre à gérer les traitements, l’attente, les échecs au fil des semaines, des mois, voire des années. Au rythme, souvent, des injonctions (bien intentionnées mais maladroites) de l’entourage à « se détendre », à « lâcher prise »… Et, pour de nombreux couples, au fil des consultations diverses et variées de professionnels de la santé, de rebouteux et autres psychologues. Car en dehors des protocoles établis et relativement partagés par les centres de PMA, aucune méthode de préparation physique et psychologique ne semble sortir du lot pour guider les femmes dans cette « aventure ». Trois jeunes et futures mamans témoignent de leur expérience et partagent la manière dont elles se sont préparées à la fois physiquement et psychologiquement à la PMA.

 

Victoire, 33 ans, Bordeaux : enceinte de 7 mois après la 3e FIV

Pour me préparer à la FIV, j’ai essayé pas mal de choses : l’acupuncture, une seule séance soi-disant pour préparer le corps ; l’ostéopathie, je n’ai pas été très convaincue ; je suis aussi allée voir une sorcière basque… Surtout, mon mari et moi avons modifié notre régime alimentaire : maximum 4 verres d’alcool par semaine et 7 fruits et légumes par jour. Une biologiste chef de service PMA de la clinique nous avait dit que ça augmenterait nos chances de 30%… Cela a surtout eu le mérite de nous aider à nous sentir « actifs » car on avait vraiment l’impression de subir la situation et les traitements. Cela dit, au bout de 3 mois, on a recommencé à vivre « normalement »… Mais, depuis, on s’est mis au bio, pour d’autres raisons évidentes. On a aussi éliminé tous les perturbateurs endocriniens de nos cosmétiques et du foyer en général. Les sages-femmes que j’ai vues sont obsédées par le sujet et disent que c’est un enjeu majeur de santé publique. J’en suis convaincue à 200%…

Suivi psychologique et méditation
Au cours de cette période et pour la première fois de ma vie, j’ai été suivie psychologiquement. J’en avais vraiment besoin, c’était génial de pouvoir en parler – j’en ai d’ailleurs toujours parlé autant que possible à tout le monde… Je me suis aussi mise à la méditation. Davantage par intérêt personnel, mais je crois que ça m’a aidée dans certains moments, notamment pour les ponctions. J’en ressens toujours les bénéfices aujourd’hui et je continue à pratiquer.
Finalement, après les échecs des trois premières FIV, on n’y croyait plus, on était usés… On s’est remis à faire la fête, on voulait faire une pause d’un an. Je n’étais même pas sûre d’avoir la force de faire la quatrième tentative. On commençait à envisager l’adoption, la vie sans enfant. On avait pris des billets pour un beau voyage en Afrique du Sud… Mais on a tout de même demandé le transfert du dernier embryon congelé de la 3e FIV. Et bim ! Premier test positif de ma vie… 5 ans d’attente.

 « Le plus dur ce sont les injonctions incessantes de notre entourage »
Ma conclusion : l’essentiel, c’est de se sentir bien malgré les traitements lourds et les situations difficiles. Pour certaines, ça passe par des règles strictes, pour d’autres par des excès, par des croyances personnelles… Le plus dur à mon sens, ce sont les injonctions incessantes de notre entourage, des médecins, de tout le monde, à « ne surtout pas se mettre la pression ». Qu’est-ce que ça veut dire au juste ? Rien ! Evidemment qu’on est sous pression quand on essaie d’avoir un enfant sans succès, et c’est normal.En fait je pense que tout ce qu’on peut faire pour préparer son corps et son mental à la PMA est avant tout de l’ordre de la technique personnelle de survie face à une situation très difficile. Chacun fait ce qu’il peut pour continuer à profiter des bonheurs de la vie en dehors du parcours de PMA.

 

Lotte, 35 ans, Oslo (Norvège) : maman de Louis et Maxime (7 mois), nés par FIV

En Norvège, la préparation à la PMA commence par le choix du centre. Vous allez y passer un temps considérable (et précieux, puisque l’horloge biologique tourne), y dépenser de l’argent si c’est une clinique et vous y investir psychologiquement… Nous avons testé trois centres différents : l’hôpital public et une clinique en Norvège, et un centre privé au Danemark. Trois expériences totalement différentes et, à mon avis, un niveau de qualité très différent également.
Personnellement, j’ai surtout prêté attention à la modernité de l’équipement, à la volonté du centre d’explorer les nouvelles techniques qui ont fait l’objet de recherches mais n’ont pas encore fait l’objet de publication… Je pense notamment au fait de transférer un embryon à J5, au lieu de J3 qui est la norme ici. En transférant à J5, on a certes au final moins d’embryons, mais on a une meilleure indication de celui que l’on doit choisir. Et on perd donc moins de temps à transférer, mois après mois, de « grands embryons » congelés à J3 qui ne se développent finalement pas bien.

Le facteur le plus important ? L’accompagnement humain
L’autre facteur très important bien entendu est le facteur humain. Le soutien des médecins, biologistes et infirmiers durant le processus est fondamental. La PMA est une période très stressante, les traitements hormonaux sont lourds pour le corps et le mental… et on est peu confiantes dans les chances de réussite.
Après plusieurs échecs en Norvège, je me suis rendue dans cette clinique danoise sur les conseils d’un ami. J’y ai été formidablement bien accueillie. Les médecins expliquent et écoutent vraiment, une infirmière vous tient la main et vous rassure : vous allez devenir maman.

Les vitamines inutiles pour la femme
Pour ce qui est de la préparation physique à la FIV, on m’a expliqué qu’il n’était pas utile de prendre des vitamines ou autres compléments alimentaires. La qualité du sperme peut être améliorée, certes, mais la qualité des ovocytes ne peut pas l’être puisque notre réserve est là depuis la naissance…
Dans les cliniques privées, on m’a en revanche prescrit des médicaments pour fluidifier le sang. Une mauvaise circulation sanguine pourrait en effet empêcher la nidation des embryons. On m’a aussi prescrit de la cortisone pour éviter que le corps ne rejette l’embryon qu’il considère toujours comme un corps étranger.
Au final, j’aurais aimé que les médecins m’accompagnent davantage dans la gestion des traitements hormonaux qui sont parfois lourds à supporter et face auxquels on se sent un peu seule… »


Aurore, 36 ans, Clermont-Ferrand : un enfant de six ans, infertilité secondaire inexpliquée

Au début de notre parcours en PMA, pour les inséminations artificielles, j’ai essayé pas mal de choses : acupuncture, kinésiologie (pour me libérer des chaînes qui m’empêcheraient d’avoir ce deuxième enfant, me disait une amie…), ostéopathie pour optimiser la sécrétion hormonale et l’alignement du bassin. J’ai aussi consulté une étiopathe qui travaille sur le système digestif et qu’il faut voir plusieurs fois, notamment juste avant l’insémination elle-même. J’ai aussi vu, à plusieurs reprises, un médecin homéopathe qui promettait qu’il avait le remède idéal compte tenu de mon « terrain » et qui espérait juste que je ne lui demanderais pas d’être le parrain…

Stérilité secondaire et souffrance illégitime
J’ai aussi rencontré la psychologue de la clinique : une catastrophe ! Je me suis sentie jugée lorsque j’ai essayé de lui expliquer pourquoi je tenais sincèrement à avoir un deuxième enfant. C’est une situation un peu particulière (bien que relativement fréquente), la stérilité secondaire : on ne sent pas franchement en droit de se plaindre de devoir passer par cette épreuve. La souffrance n’est certes pas comparable à celle d’un couple qui ne parvient pas à avoir son premier enfant. Il n’empêche qu’elle existe. Obnubilante. En somme, j’ai essayé pas mal de choses. Rarement avec grande conviction mais toujours avec l’espoir secret que le miracle se produirait… Et aussi parfois avec le sentiment de perdre du temps et de l’argent.
Avant de me lancer dans la première FIV, j’ai consulté une naturopathe. J’en suis ressortie avec un régime ultra-stricte (oméga 3 et légumes à gogo), une panoplie de compléments alimentaires, l’interdiction de boire la moindre goutte d’alcool et de manger du fromage après midi… Et aussi une petite phrase qui a achevé de me plomber le moral : « De toute manière, les premières FIV ne marchent quasiment jamais. Revenez me voir après l’échec et on va détoxifier votre corps en profondeur… » Autant dire que, si je suis plutôt bien ses conseils sur le plan alimentaire, je n’ai pas l’intention de remettre les pieds dans son cabinet.

« Arrêter de penser que tout ce qu’on fait agit sur la réussite d’une FIV »
Le transfert suite à la première ponction a été annulé, les embryons ne s’étant pas développés correctement. On repart donc à zéro. Mais, parallèlement, je crois que j’avance psychologiquement. Au final ce qui m’aura le plus aidée depuis le début de ce parcours (il y a près de trois ans), c’est le mot, très récent, d’une amie qui a résumé le discours de son psy : « Sortez-vous de la tête que vous pouvez agir sur la réussite de vos FIV par la pensée. Que vous y pensiez ou pas, que vous soyez positive ou négative, que vous essayiez de vous détendre ou pas, ça ne changera rien. Ce qui se passe dans votre corps peut (parfois) dépendre (en partie) de choses profondément ancrées dans l’inconscient, mais de toutes façons vous n’y aurez pas accès. Alors vivez. » Une autre injonction, certes, mais qui résonne cette fois assez profondément…

Emilie Cuisinier 
Crédit photo : BellyBalloonPhotography x Les Louves 

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